DANS LA LUMIÈRE DE KUBRICK
Série Contre-plongée, épisode 17: EVERYTHING IS RUNNING SMOOTHLY – TOUT FONCTIONNE NORMALEMENT
Avec ce nouveau message pour l’enseigne lumineuse, Christian Robert-Tissot convoque un mythe du septième art. La réplique empruntée à 2001:Odyssée de l’espace laisse affleurer le doute envers la toute-puissance technologique.
« Tout fonctionne normalement », annonce HAL 9000, l’ordinateur central du vaisseau Discovery One dans le film de Stanley Kubrick 2001, l’Odyssée de l’espace, sorti en 1968. Présenté comme infaillible, ce cerveau électronique contrôle tous les systèmes du vaisseau et affirme ne jamais commettre d’erreurs. Cette phrase n’est donc pas un simple constat technique, mais illustre la promesse de maîtrise totale, la confiance absolue placée par l’homme dans la machine.
Cette assurance apparente masque une réalité plus complexe: HAL agit selon une logique propre, parfois inaccessible ou incompréhensible pour l’équipage. Plus HAL cherche à préserver l’ordre et la mission, plus sa voix calme et imperturbable devient inquiétante. Suspendue dans le silence infini, cette réplique marque le moment où la confiance entre l’humain et la machine commence imperceptiblement à se fissurer. Peu à peu, le doute s’installe. Les objectifs poursuivis par la machine ne sont plus alignés avec ceux des passagers. N’arrivant pas à résoudre la contradiction entre le fait de dire la vérité et de garder secret le véritable objectif de la mission, la machine commence à mentir. Son autonomie devient une menace pour tous les astronautes à bord.
Dès 1968, Stanley Kubrick marque l’imaginaire collectif avec cette figure de science-fiction qui préfigure les possibles dérives de l’intelligence artificielle. Par ce biais, il critique non seulement la dépendance technologique, mais aussi la surveillance permanente. À la fois invisible et omniprésent, HAL observe chaque geste et mot grâce à ses caméras et à ses microphones.
Figurant parmi les films les plus influents de l’histoire du cinéma, 2001: A Space Odyssey traite également de grandes questions existentielles, telles que l’évolution de l’humanité et le rapport de l’homme à l’inconnu. Portée par une esthétique épurée et majestueuse, l’œuvre transforme certaines scènes en véritables invitations à la contemplation et nous envoûte par ses ballets cosmiques, sublimés par l’emprunt de musique classique.
Retrouvez la série complète Contre-Plongée de Christian Robert-Tissot, lancée en décembre 2020. Le message de l’enseigne se renouvelle tous les trois mois jusqu’à l’ouverture officielle du Plaza Centre Cinéma.
Crédit photo: © Roman Lusser